« Il sait faire… mais il ne fait pas. »
Et si ce n’était pas un manque de volonté ?
« Mais tu sais le faire ! »
Cette phrase, nous l’avons probablement tous prononcée.
Parents.
Professionnels.
Enseignants.
Éducateurs.
Parce que parfois, nous sommes face à quelque chose de particulièrement déroutant.
Hier, l’enfant mettait ses chaussures seul.
Aujourd’hui, il nous tend son pied.
Hier, il rangeait ses affaires.
Aujourd’hui, il semble complètement perdu devant trois objets.
Hier encore, il commençait son travail sans difficulté.
Aujourd’hui, il reste devant sa feuille sans rien faire.
Et nous savons une chose :
il en est capable.
Alors pourquoi ne le fait-il pas ?
🌿 Capable… mais disponible ?
Peut-être que la question mérite d’être légèrement déplacée.
Parce qu’entre :
« savoir faire quelque chose »
et
« pouvoir mobiliser cette compétence ici, maintenant et dans ces conditions »
il existe une différence importante.
Nous la connaissons d’ailleurs très bien en tant qu’adultes.
Nous savons réfléchir calmement.
Nous savons nous organiser.
Nous savons communiquer correctement.
Nous savons prendre du recul.
Et pourtant…
Après une nuit trop courte, une journée particulièrement chargée ou une émotion importante, certaines compétences pourtant parfaitement acquises nous demandent soudain beaucoup plus d’efforts.
Nous ne les avons pas perdues.
Nos ressources disponibles ont changé.
Pour l’enfant, cela peut aussi arriver.
🔎 Avant « Il ne veut pas », observer « Qu’est-ce qui se passe ? »
Lorsqu’un enfant ne fait pas quelque chose qu’il sait habituellement faire, notre interprétation influence directement notre intervention.
Si je pense :
« Il ne veut pas. »
je risque naturellement d’insister davantage.
Si je me demande :
« Qu’est-ce qui rend cela difficile aujourd’hui ? »
je commence Ă observer.
Est-il fatigué ?
Est-il au milieu d’une transition ?
Y a-t-il beaucoup de bruit ?
Vient-il de vivre une émotion importante ?
La tâche lui paraît-elle soudain trop grande ?
A-t-il simplement besoin d’un point de départ ?
Cela ne signifie pas supprimer toutes les attentes.
Cela signifie ajuster notre accompagnement pour permettre à l’enfant de retrouver l’accès à ses propres compétences.

🧰 Le thermomètre de disponibilité
Pour nous aider à réfléchir, imaginons trois niveaux.
🟢 Disponible
L’enfant possède la compétence et dispose des ressources nécessaires pour l’utiliser.
Nous pouvons nous retirer.
🟠Fragilisé
La compétence est présente, mais l’enfant semble avoir besoin d’un petit soutien.
Une présence.
Une consigne plus courte.
Un premier geste.
🔴 Saturé
L’enfant n’est peut-être momentanément plus disponible pour répondre à notre attente.
La priorité peut alors être de retrouver suffisamment de calme, de sécurité ou de disponibilité avant de revenir à la tâche.
L’objectif n’est évidemment pas de coller une couleur à l’enfant.
Un mĂŞme enfant peut ĂŞtre vert Ă 9h, orange Ă midi et rouge Ă 17h.
Et c’est justement cela qui est intéressant.
✨ Les premiers 10 %
Il existe parfois deux extrêmes dans notre manière d’accompagner.
« Tu sais faire, débrouille-toi. »
ou
faire entièrement à la place de l’enfant.
Entre les deux existe pourtant un espace immense.
Je l’appelle ici :
Les premiers 10 %.
L’enfant n’arrive pas à commencer ses devoirs ?
Je l’aide à sortir le cahier et à identifier la première tâche.
Puis je me retire.
Il ne range pas ?
Nous choisissons ensemble le premier objet.
Puis il poursuit.
Il bloque devant ses chaussures ?
« Je t’aide à commencer celle-ci. Tu continues ? »
Nous ne faisons pas les 100 %.
Nous aidons simplement à franchir le seuil de démarrage.
👥 Et dans nos pratiques professionnelles ?
Cette réflexion peut être particulièrement intéressante en équipe.
Prenez une situation pour laquelle revient régulièrement :
« Pourtant, il sait le faire. »
Puis posez-vous trois questions :
Savons-nous qu’il maîtrise cette compétence dans ce contexte précis ?
Que se passe-t-il juste avant les moments où il n’y accède plus ?
Quelle serait la plus petite aide possible pour lui permettre de reprendre la main ?
Cette dernière question change beaucoup de choses.
Parce que notre objectif n’est pas nécessairement de choisir entre aider et rendre autonome.
Nous pouvons chercher :
quelle quantité d’aide permet justement à l’autonomie de réapparaître ?
🍒 Accompagner sans faire à la place
Favoriser l’autonomie ne signifie pas retirer notre présence dès qu’une compétence apparaît.
L’autonomie se construit aussi dans l’expérience :
« Lorsque c’est difficile, je peux demander de l’aide. »
Puis :
« On peut m’aider sans tout faire à ma place. »
Et progressivement :
« Je peux reprendre seul. »
C’est peut-être là que notre posture devient particulièrement intéressante.
Ni trop devant.
Ni complètement absent.
Juste suffisamment présent pour permettre à l’enfant de continuer son chemin.
🎯 Le défi de la semaine
Pendant trois jours, repérez chaque :
« Mais tu sais le faire ! »
qui vous vient à l’esprit.
Et remplacez-le par :
« De quoi as-tu besoin pour pouvoir le faire maintenant ? »
Peut-être que la réponse sera :
« De rien. »
Peut-ĂŞtre :
« Aide-moi juste à commencer. »
Et parfois, l’enfant ne saura pas répondre.
Ce n’est pas grave.
La question aura déjà changé quelque chose :
notre regard.
Parce qu’un enfant qui n’utilise pas une compétence ne l’a pas forcément perdue.
Parfois, il a simplement besoin d’un petit pont pour pouvoir y accéder à nouveau.
🍒 Les Lundis de l’Enfance — Cl’enfance, épisode 12
Une nouvelle page de Cl’enfance — Le Mag. Une situation du quotidien. Un regard professionnel. Un outil concret. Une invitation à questionner nos pratiques.