« Tu m’écoutes… ou tu attends juste ton tour pour parler ? »
Et si le silence faisait aussi partie de l’accompagnement ?
« En fait… »
J’aime beaucoup ces deux petits mots.
Parce qu’ils arrivent rarement au début d’une conversation.
Ils viennent après.
Après une première réponse.
Après une hésitation.
Après un regard.
Et parfois… après quelques secondes de silence.
« En fait… j’étais triste. »
« En fait… je voulais qu’il joue avec moi. »
« En fait… c’est pas vraiment ça qui s’est passé. »
Ce qui vient après « En fait… » est souvent intéressant.
Mais encore faut-il avoir laissé suffisamment d’espace pour qu’il puisse arriver.
Nous voulons tellement bien faire…
Lorsqu’un enfant nous raconte quelque chose, nous sommes rarement indifférents.
Nous cherchons Ă comprendre.
Nous questionnons.
Nous rassurons.
Nous expliquons.
Et dans nos pratiques professionnelles, nous analysons aussi : que s’est-il passé ? Pourquoi ? Quelle intervention serait adaptée ? Que pouvons-nous mettre en place ?
Toutes ces démarches sont importantes.
Mais Ă force de vouloir accompagner, il existe un petit risque :
aller plus vite que la parole de l’enfant.
L’enfant termine une phrase et, presque immédiatement, nous rebondissons.
« Oui, mais tu aurais pu… »
« Et pourquoi tu n’as pas… ? »
« Ce n’est pas grave… »
« La prochaine fois, tu peux… »
Notre réponse est parfois prête avant même que l’enfant ait réellement terminé de construire la sienne.

🌿 Écouter n’est pas forcément résoudre
C’est peut-être l’une des choses les plus difficiles dans l’accompagnement.
Entendre une difficulté… sans immédiatement chercher à la réparer.
Un enfant peut avoir besoin d’une solution.
Mais il peut aussi avoir besoin d’être entendu.
De réfléchir à voix haute.
De chercher ses mots.
De changer d’avis.
Ou simplement de vérifier que l’adulte reste disponible pendant qu’il essaie de comprendre lui-même ce qu’il vient de vivre.
Et cela demande quelque chose qui peut sembler très simple :
du temps.
Parfois seulement quelques secondes.
🧰 L’outil Cl’enfance : les 5 secondes
Je vous propose une petite expérience cette semaine.
Lorsqu’un enfant vous raconte quelque chose et termine sa phrase, attendez cinq secondes avant de répondre.
Mentalement :
1… 2… 3… 4… 5.
Ne cherchez pas volontairement Ă provoquer une nouvelle parole.
Ne transformez pas non plus ce silence en technique rigide.
Restez simplement disponible.
Puis observez.
L’enfant poursuit-il ?
Ajoute-t-il un détail ?
Reformule-t-il ce qu’il vient de dire ?
Change-t-il complètement de sujet ?
Ou reste-t-il lui aussi silencieux ?
Tout est possible.
Le but n’est pas d’obtenir davantage d’informations.
Le but est simplement de ne pas prendre immédiatement toute la place disponible dans la conversation.
✨ Écouter, aider ou chercher ensemble ?
Il existe une autre petite question que j’aime beaucoup :
« Tu préfères que je t’écoute, que je t’aide ou qu’on cherche ensemble ? »
Elle n’est évidemment pas adaptée à chaque âge ni à chaque situation.
Mais lorsqu’elle l’est, elle permet quelque chose de précieux :
ne pas décider systématiquement à la place de l’autre de la forme que doit prendre notre aide.
Et cette question ne concerne pas uniquement les enfants.
Essayez-la avec un adolescent.
Avec un parent.
Avec un collègue.
Parfois, une personne nous raconte une difficulté et nous lui proposons cinq solutions…
alors qu’elle voulait simplement pouvoir dire :
« Aujourd’hui, c’était difficile. »
👥 Et dans nos équipes professionnelles ?
Cette réflexion prend encore une autre dimension en institution.
En colloque, nous sommes souvent très efficaces pour chercher des solutions.
Un professionnel présente une difficulté et rapidement arrivent :
« Tu pourrais essayer… »
« Moi, je ferais… »
« Il faudrait peut-être… »
Et si, ponctuellement, nous changions la règle ?
Une personne raconte une situation pendant deux minutes.
Pendant ce temps, les autres professionnels peuvent uniquement :
écouter, reformuler et poser des questions qui permettent d’approfondir la réflexion.
Aucune solution immédiate.
Puis seulement dans un second temps, les pistes peuvent émerger.
Cet exercice permet de questionner quelque chose d’essentiel dans nos pratiques :
sommes-nous toujours obligés d’apporter une réponse pour être aidants ?
🎯 Le défi des Lundis de l’Enfance
Cette semaine, je ne vous propose pas de faire davantage.
Je vous propose presque l’inverse.
Laissez cinq secondes.
Avec votre enfant.
Avec un enfant que vous accompagnez.
Avec un parent.
Avec un collègue.
Et soyez attentif à ce qui vient après.
Peut-ĂŞtre entendrez-vous :
« En fait… »
Et peut-être découvrirez-vous quelque chose que vous n’auriez jamais entendu si vous aviez répondu trois secondes plus tôt.
Parce qu’accompagner ne signifie pas toujours trouver les bons mots.
Parfois, notre rôle consiste simplement à laisser suffisamment d’espace à l’autre pour trouver les siens.
🍒 Les Lundis de l’Enfance – Cl’enfance
Une situation du quotidien. Un regard professionnel. Un outil concret. Une invitation Ă questionner nos pratiques.
Chloé Imer
Éducatrice de l’enfance – Directrice d’institution
Mentoring • Supervision • Analyse des pratiques • Approche systémique • PNL • Coaching institutionnel