🍒 Les Lundis de l’Enfance – Épisode 9

« Il sait pourtant très bien le faire ! »

Et si la compétence était là… mais pas toujours disponible ?

Il manque quelques pièces.

Pourtant, en regardant le puzzle, on comprend très bien que l’image existe déjà.

Les pièces sont là.

Il reste simplement à réussir à les retrouver, à les orienter et à les remettre au bon endroit.

En regardant ce puzzle aujourd’hui, j’ai pensé à une phrase que nous prononçons facilement avec les enfants :

« Mais tu sais le faire ! »

Et généralement… nous avons raison.

Il sait.

Il l’a déjà fait.

Parfois mĂŞme des dizaines de fois.

Alors pourquoi, aujourd’hui, semble-t-il ne plus en être capable ?

Un coup de 👍

đź§© Savoir faire ne signifie pas pouvoir faire Ă  chaque instant

Un enfant peut savoir s’habiller seul et demander soudainement qu’on l’aide.

Il peut savoir ranger ses affaires et rester complètement perdu devant le désordre.

Il peut connaître une règle et ne pas parvenir à la respecter dans un moment de forte émotion.

Il peut savoir se séparer facilement de son parent depuis plusieurs semaines et avoir, un matin, beaucoup plus de difficulté.

Il peut maîtriser une tâche scolaire et avoir besoin, ce jour-là, qu’un adulte l’aide simplement à commencer.

La compétence n’a pas nécessairement disparu.

Mais sa disponibilité peut varier.

Nous-mêmes, adultes, connaissons finalement très bien ce phénomène.

Nous savons nous organiser, réfléchir, prendre du recul, communiquer calmement…

Et pourtant, après une mauvaise nuit, une journée chargée ou une émotion importante, certaines choses habituellement simples peuvent nous demander beaucoup plus d’efforts.

Pourquoi en serait-il autrement pour un enfant ?

🌿 Changer légèrement notre question

Lorsque nous pensons :

« Il sait pourtant très bien le faire ! »

nous risquons parfois d’interpréter la difficulté comme un manque de volonté.

Il ne veut pas.

Il fait exprès.

Il cherche qu’on fasse à sa place.

Parfois, peut-ĂŞtre.

Mais avant de conclure, une autre question peut être intéressante :

« Qu’est-ce qui rend cette compétence plus difficile à mobiliser aujourd’hui ? »

La fatigue ?

Une émotion ?

Une transition ?

Trop de stimulations ?

Une consigne trop grande à réaliser d’un seul coup ?

Un besoin ponctuel d’être accompagné ?

Nous passons alors d’une logique de jugement à une logique d’observation.

🧰 L’outil Cl’enfance : « Je commence, tu continues »

Face à cette situation, nous avons parfois l’impression de devoir choisir entre deux possibilités.

Faire à la place de l’enfant.

Ou :

exiger qu’il fasse seul puisqu’il sait le faire.

Il existe pourtant tout un espace entre les deux.

C’est là que je vous propose cette petite phrase :

« Je commence, tu continues ? »

L’enfant ne parvient pas à ranger ?

Je prends le premier objet et nous cherchons ensemble oĂą il va.

Puis je lui rends la main.

Il n’arrive pas à démarrer une tâche ?

Nous réalisons ensemble la première étape.

Puis il poursuit.

Il demande de l’aide pour quelque chose qu’il sait habituellement faire ?

Je lui donne juste le petit coup de pouce nécessaire pour redémarrer, plutôt que de tout faire à sa place.

L’aide devient alors un étayage temporaire.

🚦 Un petit feu tricolore de l’autonomie

Avec certains enfants ou certains groupes, on peut aller encore un peu plus loin et rendre le besoin d’aide visible.

🟢 Je peux essayer seul.

🟠 Je sais faire, mais j’ai besoin d’un petit coup de pouce.

🔴 Là, c’est vraiment difficile. J’ai besoin que tu m’accompagnes.

L’intérêt n’est pas de classer l’enfant.

Le niveau peut changer selon la tâche, le contexte et le moment de la journée.

Et c’est précisément ce qui est intéressant.

L’enfant peut progressivement apprendre à reconnaître :

« Je sais faire… mais aujourd’hui, j’ai besoin d’un peu d’aide. »

Demander de l’aide devient alors une compétence elle aussi.

👥 Et pour les professionnels ?

Cette question peut donner lieu à un échange particulièrement intéressant en équipe.

Prenez une situation dans laquelle revient régulièrement :

« Pourtant, il sait… »

Puis demandez-vous collectivement :

Que savons-nous réellement de cette compétence ?

L’enfant la réalise-t-il dans tous les contextes ?

Avec tous les adultes ?

À tous les moments de la journée ?

Que se passe-t-il juste avant les moments où il n’y arrive plus ?

Et surtout :

quelle est la plus petite aide que nous pourrions lui apporter pour qu’il puisse reprendre la main ?

Cette dernière question me paraît essentielle.

Parce qu’accompagner l’autonomie ne signifie ni faire à la place, ni retirer notre présence trop tôt.

Il s’agit d’ajuster notre aide.

🎯 Le défi de la semaine

Cette semaine, repérez simplement une situation où vous êtes tenté de dire :

« Mais tu sais le faire ! »

Et essayez de remplacer cette phrase par :

« Je vois que c’est plus difficile aujourd’hui. De quel petit coup de pouce as-tu besoin pour commencer ? »

Puis observez.

Peut-être découvrirez-vous que la pièce manquante n’était finalement pas la compétence.

Il manquait simplement un petit point d’appui pour pouvoir la remettre en place. 🧩

Parce que favoriser l’autonomie, ce n’est pas retirer notre aide dès qu’un enfant sait faire.

C’est apprendre à ajuster notre présence pour qu’il puisse progressivement faire sans nous.

🍒 Les Lundis de l’Enfance – Cl’enfance

Une situation du quotidien. Un regard professionnel. Un outil concret. Une invitation Ă  questionner nos pratiques.

Chloé Imer
Éducatrice de l’enfance – Directrice d’institution
Mentoring • Supervision • Analyse des pratiques • Approche systémique • PNL • Coaching institutionnel

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