« Il lâa fait exprĂšs ! »
Et si ce que nous voyons nâĂ©tait quâune partie de lâhistoire ?
« Il lâa fait exprĂšs. »
Cette phrase, nous lâavons probablement tous dĂ©jĂ pensĂ©e ou prononcĂ©e.
Un enfant pousse un autre enfant.
Il renverse quelque chose.
Il détruit une construction.
Il refuse une consigne alors que nous sommes persuadĂ©s quâil lâa parfaitement comprise.
Nous observons la scÚne et, presque instantanément, notre cerveau construit une explication.
Il savait. Il a voulu. Il lâa fait exprĂšs.
Mais entre ce que nous avons rĂ©ellement observĂ© et lâintention que nous attribuons Ă lâenfant, il existe parfois tout un monde.

đ OĂč est Charlie ?
En regardant cette image, une rĂ©flexion mâest venue.
Dans OĂč est Charlie ?, tout est devant nous.
Des dizaines de personnages. Des détails. Des mouvements. Des couleurs. Des informations partout.
Et pourtant, nous cherchons une seule chose.
Nous pouvons regarder longtemps au mĂȘme endroit sans trouver ce que nous cherchons.
Puis nous dĂ©plaçons lĂ©gĂšrement notre regardâŠ
Et soudain, nous voyons.
Dans lâaccompagnement des enfants, il peut se passer exactement la mĂȘme chose.
Nous observons un comportement et notre attention se fixe immédiatement dessus.
Mais avons-nous regardé toute la scÚne ?
Que sâest-il passĂ© juste avant ?
Que cherchait lâenfant Ă faire ?
Quelle émotion traversait-il ?
Quâavait-il compris de la situation ?
Que sâĂ©tait-il passĂ© cinq minutes auparavant ?
Quel Ă©tait son niveau de fatigue, dâexcitation ou de frustration ?
Ce que nous voyons est réel.
Lâexplication que nous lui donnons, elle, reste parfois une hypothĂšse.
đż Faire exprĂšs ne signifie pas vouloir faire du mal
Câest une nuance essentielle.
Un enfant peut volontairement lancer un objet pour observer ce qui va se passer.
Il peut volontairement prendre le jouet dâun autre parce quâil le dĂ©sire immĂ©diatement.
Il peut volontairement répéter un comportement pour tester une limite.
Lâacte peut donc ĂȘtre intentionnel.
Mais cela ne signifie pas nécessairement que son intention était de provoquer, de défier ou de blesser.
Cette distinction change profondĂ©ment notre maniĂšre dâintervenir.
Car lorsque nous attribuons immĂ©diatement une intention nĂ©gative Ă lâenfant, notre posture risque elle aussi de changer.
Notre voix.
Notre regard.
Nos mots.
Notre maniĂšre de poser la limite.
đ§° Lâoutil de la semaine : Fait â HypothĂšse â Besoin
Je vous propose cette semaine un petit outil dâobservation utilisable aussi bien en famille quâen Ă©quipe Ă©ducative.
Face à une situation difficile, séparez mentalement trois éléments.
1. LE FAIT
Quâai-je rĂ©ellement observĂ© ?
Uniquement ce quâune camĂ©ra aurait pu enregistrer.
Par exemple :
La premiĂšre phrase est une observation.
« Il a pris la voiture des mains de lâautre enfant. »
Et non :
« Il voulait encore lâembĂȘter. »
La deuxiÚme est déjà une interprétation.
2. LâHYPOTHĂSE
Quelle histoire suis-je en train de construire autour de ce comportement ?
Il veut attirer lâattention.
Il cherche les limites.
Il est jaloux.
Il sait trĂšs bien ce quâil fait.
Ces hypothĂšses peuvent parfois ĂȘtre pertinentes.
Mais elles restent des hypothĂšses.
Les identifier comme telles nous évite de les transformer trop rapidement en vérités.
3. LE BESOIN
Enfin, demandons-nous :
« Quâest-ce que cet enfant pourrait avoir besoin dâapprendre, dâexprimer ou de rĂ©guler dans cette situation ? »
Peut-ĂȘtre a-t-il besoin dâaide pour attendre.
Pour entrer en relation.
Pour exprimer sa frustration.
Pour comprendre une rĂšgle.
Pour trouver une autre stratégie.
La limite peut rester exactement la mĂȘme.
Mais notre maniĂšre de lâaccompagner devient diffĂ©rente.
âš La question-loupe
Voici la petite technique que je vous propose de garder cette semaine.
Lorsquâun comportement provoque immĂ©diatement une interprĂ©tation, posez-vous cette question :
« Est-ce que je sais⊠ou est-ce que je suppose ? »
Quelques secondes peuvent suffire.
Non pas pour excuser tous les comportements.
Non pas pour supprimer les limites.
Mais pour nous permettre de rĂ©pondre Ă ce qui se passe rĂ©ellement plutĂŽt quâĂ lâhistoire que nous avons construite autour.
đ„ Et en Ă©quipe ?
Cet outil peut Ă©galement devenir un excellent support dâanalyse des pratiques.
Prenez une situation vécue et demandez à chaque professionnel de distinguer :
FAIT | HYPOTHĂSE | BESOIN
Lâexercice peut ĂȘtre surprenant.
Ă partir dâun mĂȘme fait, plusieurs adultes peuvent construire des interprĂ©tations complĂštement diffĂ©rentes.
Câest prĂ©cisĂ©ment lĂ que le travail collectif devient intĂ©ressant.
Nous ne cherchons plus seulement Ă comprendre lâenfant.
Nous apprenons également à observer notre propre regard professionnel.
đŻ Le dĂ©fi de la semaine
Cette semaine, choisissez une situation qui vous fait spontanément penser :
« Il lâa fait exprĂšs. »
Avant dâaller plus loin, utilisez votre loupe imaginaire.
Quâest-ce que je sais ?
Quâest-ce que je suppose ?
Quâest-ce que je nâai peut-ĂȘtre pas encore regardĂ© ?
Et observez si votre maniĂšre dâintervenir change.
Parce quâen Ă©ducation, il ne sâagit pas toujours de regarder davantage.
Il sâagit parfois simplement de regarder autrement.
Chloé Imer
Ăducatrice de lâenfance â Directrice dâinstitution
Mentoring ⹠Supervision ⹠Analyse des pratiques ⹠Approche systémique ⹠PNL ⹠Coaching institutionnel
đż Retrouvez chaque lundi un nouvel Ă©pisode des Lundis de lâEnfance sur Clâenfance.
Une histoire. Un regard professionnel. Un outil. Et surtout, une invitation Ă continuer de questionner nos pratiques.