🍒 Les Lundis de l’Enfance – Épisode 6

« Il l’a fait exprĂšs ! »

Et si ce que nous voyons n’était qu’une partie de l’histoire ?

« Il l’a fait exprĂšs. »

Cette phrase, nous l’avons probablement tous dĂ©jĂ  pensĂ©e ou prononcĂ©e.

Un enfant pousse un autre enfant.

Il renverse quelque chose.

Il détruit une construction.

Il refuse une consigne alors que nous sommes persuadĂ©s qu’il l’a parfaitement comprise.

Nous observons la scÚne et, presque instantanément, notre cerveau construit une explication.

Il savait. Il a voulu. Il l’a fait exprùs.

Mais entre ce que nous avons rĂ©ellement observĂ© et l’intention que nous attribuons Ă  l’enfant, il existe parfois tout un monde.

Une partie de l’histoire 


🔎 OĂč est Charlie ?

En regardant cette image, une rĂ©flexion m’est venue.

Dans OĂč est Charlie ?, tout est devant nous.

Des dizaines de personnages. Des détails. Des mouvements. Des couleurs. Des informations partout.

Et pourtant, nous cherchons une seule chose.

Nous pouvons regarder longtemps au mĂȘme endroit sans trouver ce que nous cherchons.

Puis nous dĂ©plaçons lĂ©gĂšrement notre regard


Et soudain, nous voyons.

Dans l’accompagnement des enfants, il peut se passer exactement la mĂȘme chose.

Nous observons un comportement et notre attention se fixe immédiatement dessus.

Mais avons-nous regardé toute la scÚne ?

Que s’est-il passĂ© juste avant ?

Que cherchait l’enfant à faire ?

Quelle émotion traversait-il ?

Qu’avait-il compris de la situation ?

Que s’était-il passĂ© cinq minutes auparavant ?

Quel Ă©tait son niveau de fatigue, d’excitation ou de frustration ?

Ce que nous voyons est réel.

L’explication que nous lui donnons, elle, reste parfois une hypothùse.

🌿 Faire exprùs ne signifie pas vouloir faire du mal

C’est une nuance essentielle.

Un enfant peut volontairement lancer un objet pour observer ce qui va se passer.

Il peut volontairement prendre le jouet d’un autre parce qu’il le dĂ©sire immĂ©diatement.

Il peut volontairement répéter un comportement pour tester une limite.

L’acte peut donc ĂȘtre intentionnel.

Mais cela ne signifie pas nécessairement que son intention était de provoquer, de défier ou de blesser.

Cette distinction change profondĂ©ment notre maniĂšre d’intervenir.

Car lorsque nous attribuons immĂ©diatement une intention nĂ©gative Ă  l’enfant, notre posture risque elle aussi de changer.

Notre voix.

Notre regard.

Nos mots.

Notre maniĂšre de poser la limite.

🧰 L’outil de la semaine : Fait – Hypothùse – Besoin

Je vous propose cette semaine un petit outil d’observation utilisable aussi bien en famille qu’en Ă©quipe Ă©ducative.

Face à une situation difficile, séparez mentalement trois éléments.

1. LE FAIT

Qu’ai-je rĂ©ellement observĂ© ?

Uniquement ce qu’une camĂ©ra aurait pu enregistrer.

Par exemple :

La premiĂšre phrase est une observation.

« Il a pris la voiture des mains de l’autre enfant. »

Et non :

« Il voulait encore l’embĂȘter. »

La deuxiÚme est déjà une interprétation.

2. L’HYPOTHÈSE

Quelle histoire suis-je en train de construire autour de ce comportement ?

Il veut attirer l’attention.

Il cherche les limites.

Il est jaloux.

Il sait trùs bien ce qu’il fait.

Ces hypothĂšses peuvent parfois ĂȘtre pertinentes.

Mais elles restent des hypothĂšses.

Les identifier comme telles nous évite de les transformer trop rapidement en vérités.

3. LE BESOIN

Enfin, demandons-nous :

« Qu’est-ce que cet enfant pourrait avoir besoin d’apprendre, d’exprimer ou de rĂ©guler dans cette situation ? »

Peut-ĂȘtre a-t-il besoin d’aide pour attendre.

Pour entrer en relation.

Pour exprimer sa frustration.

Pour comprendre une rĂšgle.

Pour trouver une autre stratégie.

La limite peut rester exactement la mĂȘme.

Mais notre maniĂšre de l’accompagner devient diffĂ©rente.

✹ La question-loupe

Voici la petite technique que je vous propose de garder cette semaine.

Lorsqu’un comportement provoque immĂ©diatement une interprĂ©tation, posez-vous cette question :

« Est-ce que je sais
 ou est-ce que je suppose ? »

Quelques secondes peuvent suffire.

Non pas pour excuser tous les comportements.

Non pas pour supprimer les limites.

Mais pour nous permettre de rĂ©pondre Ă  ce qui se passe rĂ©ellement plutĂŽt qu’à l’histoire que nous avons construite autour.

đŸ‘„ Et en Ă©quipe ?

Cet outil peut Ă©galement devenir un excellent support d’analyse des pratiques.

Prenez une situation vécue et demandez à chaque professionnel de distinguer :

FAIT | HYPOTHÈSE | BESOIN

L’exercice peut ĂȘtre surprenant.

À partir d’un mĂȘme fait, plusieurs adultes peuvent construire des interprĂ©tations complĂštement diffĂ©rentes.

C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que le travail collectif devient intĂ©ressant.

Nous ne cherchons plus seulement à comprendre l’enfant.

Nous apprenons également à observer notre propre regard professionnel.

🎯 Le dĂ©fi de la semaine

Cette semaine, choisissez une situation qui vous fait spontanément penser :

« Il l’a fait exprĂšs. »

Avant d’aller plus loin, utilisez votre loupe imaginaire.

Qu’est-ce que je sais ?

Qu’est-ce que je suppose ?

Qu’est-ce que je n’ai peut-ĂȘtre pas encore regardĂ© ?

Et observez si votre maniùre d’intervenir change.

Parce qu’en Ă©ducation, il ne s’agit pas toujours de regarder davantage.

Il s’agit parfois simplement de regarder autrement.


Chloé Imer
Éducatrice de l’enfance – Directrice d’institution

Mentoring ‱ Supervision ‱ Analyse des pratiques ‱ Approche systĂ©mique ‱ PNL ‱ Coaching institutionnel

🌿 Retrouvez chaque lundi un nouvel Ă©pisode des Lundis de l’Enfance sur Cl’enfance.

Une histoire. Un regard professionnel. Un outil. Et surtout, une invitation Ă  continuer de questionner nos pratiques.

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